Acier bas carbone : promesse industrielle ou défi environnemental ?
Trois regards pour comprendre les enjeux à Fos-sur-Mer
Rencontre du 29/09/2026
Comment décarboner une tonne d’acier tout en maîtrisant les effets de l’augmentation ou de la transformation de l’activité industrielle sur le territoire ?
Contexte
La sidérurgie est engagée dans une transformation majeure afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. À Fos-sur-Mer, plusieurs projets industriels reposant sur l'électrification, le recyclage et l'hydrogène bas carbone sont en développement.
Pour mieux comprendre les enjeux de cette évolution, le dispositif RÉPONSES a réuni trois acteurs aux points de vue complémentaires :
ArcelorMittal n’a pas pu être présent.
Comprendre la sidérurgie en 2 minutes
La sidérurgie est l'industrie qui transforme le minerai de fer en acier. Historiquement, cette transformation repose sur le charbon : celui-ci est d'abord transformé en coke dans une cokerie, puis utilisé dans un haut-fourneau pour extraire le fer du minerai et produire de la fonte. La fonte est ensuite affinée dans un convertisseur afin de réduire sa teneur en carbone et d'obtenir de l'acier.
Aujourd'hui, la filière sidérurgique cherche à réduire fortement ses émissions de gaz à effet de serre. De nouvelles technologies remplacent progressivement le charbon par l'électricité ou l'hydrogène. Les fours électriques (EAF) permettent de produire de l'acier à partir de ferrailles recyclées, tandis que les procédés de réduction directe du minerai (DRI) utilisent de l'hydrogène pour produire un fer pré-réduit à faible empreinte carbone.
À Fos-sur-Mer, plusieurs projets illustrent cette transformation :
ArcelorMittal modernise ses procédés de production d'acier :
A investi pour diminuer ses émissions (ODAS) ;
Modernise son procédé de production d’acier (Four poche) ;
Devrait à moyen terme stopper un de ses deux HF au profit d’un EAF).
GravitHy :
Introduit une technologie de rupture ;
Souhaite produire du fer pré-réduit bas carbone à partir d'hydrogène.
Marcegaglia :
Amplifie la circularité de la matière ;
Augmente fortement la capacité de production d’acier dans un nouveau four électrique utilisant de la ferraille recyclée et du fer pré-réduit.
En résumé : la sidérurgie de demain vise à remplacer progressivement le couple « charbon + haut-fourneau » par le trio « électricité + hydrogène + recyclage », afin de produire un acier beaucoup moins émetteur de CO₂.
Schéma simplifié
Filière traditionnelle :
Minerai de fer → haut-fourneau (charbon/coke) → fonte → convertisseur → acier
Filière bas carbone en développement :
Minerai de fer → DRI/HBI bas carbone (hydrogène) → four électrique → acier
Ferraille --> électrofusion de ferraille (Electric Arc Furnace / EAF)
Le DRI/HBI pourrait être aussi utilisé en mélange avec la ferraille pour obtenir des aciers de spécialités.
Quatre questions structurantes
Question n°1 : Pourquoi transformer la sidérurgie aujourd'hui ?
L'essentiel
Tous les participants partagent le même constat : la production traditionnelle d'acier repose encore largement sur le charbon et représente une source importante d'émissions de gaz à effet de serre (1er secteur industriel émetteur de gaz à effet de serre).
Transformer la sidérurgie permet de :
Réduire les émissions de CO2 ;
Maintenir une production d'acier en France et en Europe pour préserver notre souveraineté industrielle ;
Répondre aux exigences climatiques européennes et aux attentes croissantes de la société.
À retenir
Aujourd'hui, les principales pistes envisagées sont :
Changer le mode de fabrication de l’acier en développant de nouveaux procédés industriels dans la production du fer primaire (innovation de rupture) : solution proposée par GravitHy ;
Développer le recyclage de l'acier : solution proposée par Marcegaglia ;
Rénover les hauts fourneaux existants (revamping) : solution qui ne permettra pas d’atteindre les objectifs ambitieux en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie.
Question n°2 : Quels bénéfices attendez-vous de cette transformation ?
L'essentiel
Cette transformation pourrait permettre :
De réduire fortement les émissions de CO2 ;
D’améliorer la qualité de l'air ;
De développer l'économie industrielle locale ;
De créer plusieurs milliers d'emplois directs et indirects sur le territoire ;
De renforcer le dialogue entre industriels, associations, habitants et collectivités afin d'améliorer les projets et leur intégration dans le territoire.
Les participants soulignent également l'intérêt de créer davantage de synergies entre les industries de Fos-sur-Mer afin de mieux valoriser l'énergie, les matières premières ou certains sous-produits industriels.
À retenir
La décarbonation de la sidérurgie est présentée comme une opportunité de réduire localement les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la filière comme de polluants atmosphériques tout en maintenant une activité industrielle/économique et des emplois sur le territoire. Les participants soulignent également l'importance du dialogue territorial pour accompagner cette transformation.
Question n° 3 — Quels sont aujourd’hui vos principaux points de vigilance ?
L'essentiel
Tous les acteurs considèrent que la réussite de cette transformation dépendra de plusieurs conditions :
S’appuyer sur un cadre européen stable, qui mette en cohérence les ambitions de l’Union européenne et ses actions ;
Coordonner les nombreux projets industriels prévus sur le territoire ;
Anticiper les besoins en logements, transports, services publics, emplois et formation.
À retenir
La décarbonation de l'acier fait largement consensus, mais ses modalités de mise en œuvre restent au cœur des discussions.
Les sujets qui suscitent le plus de débats
La sobriété : Pour FNE PACA, la sobriété doit guider l’ensemble des choix. GravitHy et Marcegaglia ont présenté les mesures prévues pour réduire leurs consommations d’énergie, d’eau et de matières. Plusieurs interrogations demeurent sur la capacité des futurs projets à limiter durablement leur consommation de ressources :
L'eau : les industriels mettent en avant les dispositifs de recyclage et de réutilisation de l'eau prévus dans leurs projets. GravitHy souligne également son choix de recourir à l’eau de mer afin de limiter les prélèvements en eau douce. FNE PACA appelle à une vigilance particulière dans un contexte de raréfaction de la ressource et de multiplication des usages sur le territoire. Les discussions ont également porté sur les conditions de rejet de l'eau de mer utilisée, en particulier sur la question de sa température et de ses effets potentiels sur le milieu marin ;
L'énergie : la disponibilité d'une électricité bas carbone en quantité suffisante est identifiée comme une condition essentielle à la réussite de la décarbonation. Les échanges ont également soulevé la question du fonctionnement des installations en situation dégradée ou en cas de tensions sur le système énergétique, mettant ainsi en évidence l’importance d’un réseau électrique moderne ;
Les matières premières : les échanges ont porté sur la préservation des ressources et le recyclage. FNE PACA s'interroge sur les moyens de mieux valoriser la ferraille, tandis que GravitHy et Marcegaglia ont mis en avant différentes solutions pour renforcer la circularité des matières premières.
Les chantiers de construction : FNE PACA souligne la nécessité d'anticiper les nuisances temporaires générées par les travaux ainsi que leurs effets sur les espaces naturels et les riverains ;
Les mobilités : l'arrivée de nouvelles activités industrielles soulève des questions sur les déplacements des salariés, le transport des marchandises et l'adaptation des infrastructures existantes. L’insuffisance de la planification et de gouvernance locale est pointée par l’ensemble des participants.
Question n°4 : Quelles questions restent ouvertes à l'horizon 2030 (ou plus) pour l’avenir de la filière sidérurgique sur le territoire ?
L'essentiel
Plusieurs interrogations demeurent :
Quelle vision pour décarboner la sidérurgie ?
Comment garantir un approvisionnement électrique suffisant pour accompagner la réindustrialisation ?
Comment préserver la biodiversité tout en développant de nouveaux projets industriels ?
Les participants soulignent également la nécessité d'avoir une vision globale des projets menés sur la zone industrialo-portuaire afin d'assurer leur cohérence environnementale.
À retenir
Les participants partagent l'objectif de décarboner l'industrie, mais plusieurs questions restent ouvertes concernant les infrastructures nécessaires et les attentes sont fortes sur l’aménagement du territoire pour rendre possible et attractive cette transformation.
Les sujets qui suscitent le plus de débats
Les besoins en électricité et les infrastructures associées (future ligne THT) : GravitHy et Marcegaglia considèrent que le développement des projets industriels de décarbonation nécessitera des volumes importants d'électricité bas carbone ainsi que des infrastructures adaptées et modernes pour l'acheminer. FNE PACA considère que le tracé actuel n’est pas acceptable et que la future ligne THT devrait être enfouie autant que possible. Même si elle a des impacts sur les sols, cette solution est considérée comme celle de moindre impact par rapport à l’avifaune. Il s’agit d’une position nationale. FNE ira au contentieux si la solution aérienne est maintenue ;
La biodiversité et la séquence ERC (Éviter, Réduire, Compenser) : tous les acteurs soulignent l'importance de respecter cette exigence réglementaire qui a été renforcée ces dernières années. GravitHy évoque le développement de démarches mutualisées entre industriels, tandis que Marcegaglia souligne les difficultés liées à la multiplicité des acteurs/structures et de leurs exigences.
Mot de la fin : en une phrase, quel message souhaitez-vous transmettre aux habitants du territoire ?
Nous sommes favorables à la décarbonation du secteur de l’acier sur la zone de Fos. Globalement la qualité de l’air devrait être améliorée sur le territoire ce qui devrait avoir des retombées positives sur la santé des habitants. L’emploi, la santé et l’économie favorisent l’acceptation sociale de ces projets. Nous demeurons tout de même vigilants quant à la consommation énergétique de ces projets, aux impacts que cela nécessite en termes d’acheminement et des impacts sur la biodiversité en lien avec le maintien des milieux en bon fonctionnement. Créer une offre de transport collectif décarbonée et des logements apparaît également des axes importants avec les nouveaux emplois créés sur la zone.
FNE PACA
Ce qui se joue aujourd’hui à Fos-sur-Mer est l’illustration parfaite de l’ambition portée par l’Europe en matière de décarbonation industrielle. Il est essentiel de maintenir ce cap ambitieux. L’implantation d’un nouveau projet tel que GravitHy dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer permet d’accélérer les transformations réclamées par la population locale de longue date tout en apportant une nouvelle génération d’industrie qui allie environnement et savoir-faire industriel.
GravitHy
Le projet de Marcegaglia s’inscrit dans une démarche mondiale de décarbonation et aura un vrai impact à l’échelle locale. Les échanges menés avec les citoyens et les parties prenantes ont permis de faire évoluer le projet et d'intégrer plusieurs attentes exprimées lors de la concertation.
Marcegaglia
Chiffres Clés
Marcegaglia - projet Mistral : projet reconnu comme Projet d'Intérêt National Majeur (PINM) et « cathédrales industrielles »
- 0 milliard d'euros d'investissement estimé
- 0 millions de tonnes d'acier par an (capacité totale visée)
- 0 emplois sur site (création annoncée)
- 0 Démarrage industriel visé
GravitHy
- 0 millions de tonnes de DRI/HBI (fer pré-réduit à faible empreinte carbone) par an
- 0 tonnes d'hydrogène bas carbone par an
- 0 parc d’électrolyseurs d'environ 720 MW
- 0 emplois sur site
- 0 milliards d'euros d'investissement
ArcelorMittal (Fos)
- 0 1er sidérurgiste européen
- 0 millions de tonnes d'acier par an
- 0 2ème site le plus émetteur de CO2 sur les 50 sites recensés en France en 2024
Au niveau européen
- 0 millions de tonnes d’acier produites par an en 2024 (contre 160Mt en 2018) versus la Chine 1 milliards de tonnes par an
- 0 millions de tonnes : demande du marché européen en acier (source eurofer)
- 0 millions de tonnes par an (depuis le 1er juillet 2026) : plafonnement des importations à conditions préférentielles (contre environ 40Mt auparavant)
- 0 % de gaz à effet de serre (réf Commission européenne, Analysis of the EU Steel supply chain)
- 0 tonne d’acier génère 1,92 tonnes de CO2
La réglementation européenne
Le Pacte vert pour l'Europe (Green Deal, 2019)
Le Green Deal est la stratégie de l'Union européenne visant à concilier transition écologique, compétitivité industrielle et souveraineté économique :
Atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, c'est-à-dire un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et leur absorption ;
Réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre de 55 % d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990 (« Fit for 55 ») ;
Renforcer le marché européen du carbone (ETS) : les industries les plus émettrices, dont la sidérurgie, doivent acquérir des quotas d'émission de CO₂, ce qui encourage l'investissement dans des procédés moins carbonés;
Mettre en place le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF ou CBAM) : depuis le 1er janvier 2026, les importateurs de fer, d'acier, d'aluminium, de ciment, d'engrais, d'électricité ou d'hydrogène doivent supporter un coût carbone comparable à celui payé par les industriels européens;
Protéger la sidérurgie européenne face à la surcapacité mondiale grâce à des quotas d'importation d'acier (TRQ, Tariff Rate Quota ou contingent tarifaire). Depuis juillet 2026, l'Union européenne limite les volumes pouvant être importés sans surtaxe ; au-delà des quotas, un droit de douane de 50 % s'applique ;
L'Union européenne ne ferme pas son marché à l'acier importé. Elle cherche à garantir une concurrence plus équitable en limitant les importations massives d'acier à bas coût et en appliquant aux produits importés des exigences climatiques comparables à celles supportées par les producteurs européens.
La réglementation nationale
La stratégie française de décarbonation industrielle
La France vise également la neutralité carbone en 2050 ;
L'État a engagé une démarche spécifique avec les 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre, qui représentent à eux seuls environ 55 % des émissions industrielles françaises ;
Ces sites se sont engagés dans des trajectoires de réduction de leurs émissions au travers de contrats de transition écologique, construits avec l'État ;
Cette démarche s'accompagne d'aides publiques destinées à soutenir la décarbonation des procédés industriels, l'électrification des usages, l'efficacité énergétique, le développement de l'hydrogène bas carbone et les infrastructures nécessaires à la transition.
Pourquoi l'acier est stratégique ?
L'acier est indispensable pour :
Le bâtiment (Charpentes métalliques, ossatures métalliques, poutres, armatures béton etc…) ;
L’automobile ; l'industrie automobile représente historiquement l'un des principaux débouchés des aciers plats produits par les sites sidérurgiques européens ;
Les infrastructures (ponts, viaducs, tunnels, etc.) ;
Les réseaux électriques (pylônes, postes électriques, …) ;
Les énergies renouvelables (éoliennes, fondations, structures offshore, panneaux photovoltaïques …) ;
La défense (navires, sous-marins, blindés, …).
La Commission européenne rappelle régulièrement que l'acier constitue une filière stratégique pour la souveraineté industrielle européenne.
Benjamin Perdreau - Directeur ancrage territorial, GravitHy
Léa Gogue – Chargée d’affaires publiques territoriales, GravitHy
Michel Nègre – Directeur Relations institutionnelles et projet, Marcegaglia
Bruno Dadolle - Adjoint directeur Relations institutionnelles et projet, Marcegaglia
Nathalie Chaudon - Directrice, FNE PACA
Grégoire Atichian - Pilote du réseau Risques et impacts industriels, FNE PACA
Marine Testut - Chargée de projet prévention des déchets et risques industriels, FNE PACA