Comprendre les études épidémiologiques
Différents types d’études avec divers objectifs, forces et limites
L’épidémiologie vise à comprendre les liens entre des phénomènes de santé (maladies, comportements, expositions environnementales) et leur répartition dans les populations.
Le type d’étude épidémiologique choisie n'est jamais neutre : il conditionne la force des résultats, leur interprétation, et la robustesse des recommandations issues des études. Ainsi, la méthodologie est choisie en fonction de l’objectif visé (explorer, décrire, tester une hypothèse, démontrer une efficacité), et une même question de santé peut appeler à différents designs d’études complémentaires.
Un point de vigilance important : la corrélation entre deux paramètres (A et B augmentent en même temps) ne veut pas dire qu’il existe un lien de causalité (l’augmentation de A entraîne l’augmentation de B), et des biais et limites existent pour chaque type d’études.
Les études transversales génèrent une photographie à un instant donné de l’état de santé d’une population
Définition : Observations réalisées à un instant donné (ou sur une courte période)
Objectifs : Connaître à un instant donné la prévalence d’une maladie (nombre de malades au sein d’une population)
Exemple : Prévalence du diabète en France de 2014 à 2016 - Enquête Esteban
Forces :
Rapides à mettre en œuvre
Génèrent une photographie à un instant donné, utile pour le pilotage des politiques de santé
Limites : Impossible de déterminer un lien de causalité entre l’exposition à un facteur et l’apparition de la maladie
Les études de cohorte suivent un groupe d’individus dans le temps et étudient l’apparition de nouveaux cas de maladies
Définition : Suivi d’un groupe d’individus initialement non malades, exposés ou non à un facteur de risque, sur une période donnée
Objectifs :
Calculer l’incidence d’une maladie (apparition de nouveaux cas)
Quantifier des risques relatif
Explorer les relations causales entre l’apparition d’une maladie et l’exposition à un facteur
Exemple : Incidence des maladies cardio-vasculaires aux USA depuis 1948 - Étude Framingham
Forces :
Permettent de vérifier la séquence temporelle entre l’exposition à un facteur et l’apparition de la maladie
Idéales pour les pathologies fréquentes
Limites :
Coûteuses et longues
Pertes de vues des participants
Difficulté sur les maladies très rares
Les études cas-témoins sont des études rétrospectives qui étudient l’impact des expositions passées sur le développement de maladies
Définition : Identifier les personnes malades (cas) et les personnes non malades (témoin), puis recueillir a posteriori des expositions passées (rétrospectif)
Objectifs :
Explorer de possibles facteurs de risque
Générer des hypothèses rapides à tester
Exemple : Effets des pesticides sur la survenue de lymphomes de – Étude Lise (2010-2013)
Forces :
Idéales pour maladies rares ou à longue période de latence
Études économiques et rapides
Limites : Soumises au biais de mémoire/captation d’information : les personnes malades se rappellent différemment leurs expositions
Les études écologiques comparent des groupes, et non pas des individus, et montrent des tendances globales
Définition : Comparaison de groupes (villes, régions, pays, etc.) exposés ou non à un facteur, et non pas d’individus
Objectifs : Montrer une tendance globale
Exemple : Étude sur l’état de santé des populations autour des grands bassins industriels français – Étude Bassins Industriels et Santé (2013-2022)
Forces : Permettent de montrer des tendances ou lever des alertes
Limites : Biais écologique : ce qui est vrai pour un groupe ne l’est pas forcément pour l’individu
Les études expérimentales établissent des liens de cause à effet
Définition : Comparaison des groupes exposés à une intervention (dépistage, vaccination, traitement, etc.), à des groupes non exposés (contrôle)
Objectifs : Établir un lien de cause à effet
Exemple : Essais vaccins COVID-19
Forces :
Évaluent les programmes de prévention et les politiques de santé publique
Réduisent le biais de confusion par la randomisation (attribution aléatoire de l’intervention)
Limites :
Questions éthiques
Coûts élevés
Les études de risques sanitaires ne sont pas des études épidémiologiques
Les études de risques sanitaires estiment des niveaux de risques théoriques, à partir de données scientifiques disponibles.
Le risque sanitaire correspond à la probabilité qu’un évènement nuisible à la santé puisse subvenir en fonction d’un danger (un polluant par exemple), et d’une exposition réelle de la population.
Les études des risques sanitaires constituent un outil d’aide à la décision pour permettre la prévention et la réduction des expositions.
Les études de risques sanitaires ne sont pas des études épidémiologiques. Elles ne décrivent pas l’état de santé réel d’une population. Elles ne permettent pas de prédire l’apparition de maladies chez des personnes identifiées.